L’importance de l’épigénétique dans le don d’ovocytes

Dr José Félix García España
Directeur Médical , Grupo Internacional de Reproduccion UR- UR Vistahermosa
Dounia Zaari Bendani
Coordinatrice des Donateurs et Responsable du Département International , Grupo Internacional de Reproduccion UR- UR Vistahermosa

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Don d’ovocytes

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L’importance de l’épigénétique dans le don d’ovocytes

Lors de cet événement, les intervenants ont abordé l’importance de l’épigénétique dans le don d’ovocytes. Le Dr José Félix García España, Directeur Médical de l’UR El Ángel, et Dounia Zaari Bendani, Coordinatrice des Donateurs et Responsable du Département International, ont pris la parole.

Le webinaire a été animé par Stéphanie Toulemonde, coach en fertilité émotionnelle et cofondatrice de She Oak à Barcelone.

À qui s’adresse le don d’ovocytes ?

Le don d’ovocytes s’adresse principalement aux femmes qui ne peuvent pas utiliser leurs propres ovules :

  • Les femmes ayant une faible réserve ovarienne,
  • Les femmes ayant des antécédents médicaux particuliers
  • Après plusieurs échecs de traitement de fertilité
  • En cas de de ménopause précoce
  • Après des traitements contre le cancer

Les résultats obtenus dans notre clinique avec le don d’ovocytes sont très encourageants, avec un taux de succès cumulé de 80%.

Comment fonctionne le don d’ovocytes en Espagne ?

En Espagne, le don d’ovocytes est anonyme et altruiste. Cela signifie que la donneuse ne connaît pas l’identité de la receveuse et vice-versa, ce qui permet de préserver la tranquillité d’esprit de toutes les parties.

En plus de l’anonymat, la loi espagnole exige que toutes les donneuses soient en bonne santé, et se soumettent à des évaluations médicales et psychologiques strictes avant d’être approuvées par notre équipe.

Comment sont sélectionnées les donneuses ?

La première étape consiste en une évaluation psychologique approfondie qui est réalisée par un psychologue spécialisé. Nous devons nous assurer que la donneuse comprend bien les implications de ce geste, qu’elle est émotionnellement stable et qu’elle prend cette décision de manière très réfléchie.

Ensuite, nous soumettons la potentielle donneuse à des tests médicaux approfondis pour garantir qu’elle est en parfaite santé, qu’elle ne présente pas de maladies transmissibles ni de maladies génétiques graves.

Un autre élément important est l’utilisation du Phenomatch, un outil qui est assez révolutionnaire pour la sélection des donneuses puisqu’il nous permet de rechercher une ressemblance physique entre la donneuse et la future maman. Cela inclut non seulement des caractéristiques telles que la couleur des cheveux ou des yeux, mais aussi les traits et la forme du visage, ce qui permet de maintenir une continuité visuelle entre la maman et l’enfant à naître.

Un autre outil pour la sélection est le matching génétique, qui consiste à comparer le profil génétique de la future maman avec le donneur de sperme (conjoint ou donneur). Cette procédure est très recommandée par la Société Espagnole de Fertilité espagnole (la SEF), afin d’éviter la transmission de maladies génétiques.

Le processus de don d’ovocytes

Le processus de don d’ovocytes se fait en plusieurs étapes et commence par la stimulation ovarienne de la donneuse. C’est un traitement qui dure généralement une dizaine de jours, au cours desquels la donneuse reçoit des hormones qui stimulent la production ovocytaire, afin qu’elle produise non pas un seul ovule comme dans un cycle naturel, mais plusieurs.

Une fois que les ovules sont matures, ils sont récupérés lors d’une procédure appelée la ponction ovarienne. Il s’agit d’une petite intervention assez rapide qui se fait sous sédation légère et qui dure plus ou moins 15 à 20 minutes. Les ovules sont prélevés, et sont ensuite fécondés au laboratoire par ICSI, soit avec le sperme du conjoint soit avec le sperme d’un donneur.

Après la fécondation, on obtient des embryons et le meilleur de ces embryons sera ensuite transféré dans l’utérus de la future maman. Le transfert est une procédure simple, sans anesthésie, à la suite de laquelle l’embryon continue à se développer dans l’utérus de la future maman.

Qu’est-ce que c’est l’épigénétique ?

L’épigénétique est un domaine de la biologie qui étudie comment les facteurs externes comme l’environnement, l’alimentation ou le mode de vie peuvent influencer l’expression des gènes sans en modifier la structure.

Pour être plus précis, l’ADN que nous recevons de nos parents contient les informations nécessaires pour déterminer nos caractéristiques mais l’épigénétique détermine quels gènes seront activés ou désactivés.

Cela signifie que même si vous recevez un ovocyte d’une donneuse, vous pouvez influencer la manière dont les gènes de votre embryon se comportent.

Les études montrent que le milieu dans lequel l’embryon se développe joue un rôle essentiel dans cette expression génétique. L’épigénétique peut paraître complexe mais elle se manifeste de manière très concrète dans la vie de tous les jours, par exemple :

  • l’alimentation : pendant la grossesse, ce que vous mangez ne fournit pas seulement de l’énergie et des nutriments à votre futur bébé mais influence également l’expression de certains gènes. Une alimentation riche en acide folique ou en en vitamines peut aider au bon développement du système nerveux de l’enfant.
  • le stress : si vous vivez des périodes de stress intenses pendant la grossesse, cela peut avoir un impact sur l’expression des gènes liés à la gestion des émotions chez votre bébé. Des études ont montré que les mamans exposées à des niveaux de stress élevés avaient des enfants avec des réponses aux stress plus accentuées plus tard dans leur vie.
  • l’exercice physique : pratiquer une activité physique modérée pendant la grossesse a été associée à une meilleure santé cardiovasculaire chez les enfants.

Pour faire un parallèle, imaginons que l’ADN est comme un livre. Chaque page du livre représente un gène mais toutes les pages ne sont pas lues de la même manière. Certaines pages seront soulignées pour être lues en priorité tandis que d’autres seront en arrière-plan. L’épigénétique est comme un marqueur : c’est vous en tant que maman qui influencez quels gènes seront soulignés et auront un impact sur la santé et le développement de votre enfant. En d’autres termes, même si l’histoire globale est définie par l’ADN de la donneuse, vous avez un rôle clé dans la mise en valeur de certains chapitres de ce livre.

En conclusion, l’épigénétique démontre clairement que vous, en tant que maman, vous jouez un rôle central dans le développement de votre enfant, même si vous avez recours à un don d’ovocytes. Vous influencez sa santé, son développement et son bien-être futur. Vous n’êtes pas seulement une mère porteuse : votre amour, votre soin et votre engagement pendant la grossesse laissent une empreinte durable. Vous allez transmettre la vie, cette vie qui est aussi une partie de vous-même.

Je suis diabétique, insulino dépendante et je souhaiterais savoir si cela peut avoir une influence sur le bébé à travers l’épigénétique.

Pas nécessairement, non. De par l’épigénétique, la maman peut influencer certaines maladies (notamment des maladies psychiatriques telles que la dépression ou la schizophrénie), mais pas le diabète. En tout cas, à date il n’y a rien de démontré sur le diabète.

J’ai 44 ans et une AMH de 0,95. Je ne me sens pas prête à passer au don d’ovocytes. Est-ce que je peux envisager une FIV avec mes propres ovocytes, et quels sont les risques et les conditions ?

En général, on ne va pas conseiller une FIV à 44 ans. À cet âge, la femme a besoin en moyenne de 20 ovocytes pour donner une grossesse – ce qui est presque impossible. Il faut être toujours transparent avec les femmes et leur dire la réalité : à 44 ans c’est presque impossible, certaines cliniques accepteront peut-être de vous faire une stimulation à 45 ans mais pas la nôtre parce que les chances sont pratiquement nulles.

Quant aux risques, le principal est tout simplement que ça ne marche pas. Et si ça marche, il y a un risque accru de fausse couche puisque 70% des fausses couches sont liées à la qualité de l’ovocyte.

J’ai 47 ans et je voudrais savoir si je peux encore faire une FIV.

La réponse est la même : à 47 ans vous pouvez faire une FIV mais pas avec vos ovules, vous devrez passer par un don et utiliser les ovules d’une jeune fille qui a entre 18 et 35 ans, qui est en bonne santé et qui s’est soumis à tout une série de tests pour optimiser les chances d’obtenir une grossesse.

À 47 ans, avec un don d’ovocytes, les chances de grossesse sont les mêmes qu’à 40 ans ou à 35 ans car c’est l’âge de l’ovule qui compte : si l’ovule provient d’une donneuse de 35 ans, c’est comme si la future maman (la réceptrice) avait 35 ans elle-même.

Quelles sont les garanties que ma donneuse me ressemble vraiment et quelles informations avons-nous sur la donneuse (background éducatif, environnement, travail personnalité, etc.) ?

La Société Espagnole de Fertilité précise que nous devons donner aux patientes l’âge de la donneuse, son ethnie et ses caractéristiques physiques (c’est à dire taille couleur des yeux, des cheveux et de la peau).

Quant à la ressemblance, il faut savoir que ce n’est pas uniquement la clinique qui décide de choisir une donneuse qui vous ressemble : c’est la loi espagnole qui impose de sélectionner une donneuse avec les mêmes caractéristiques phénotypiques que la receveuse.

En plus de cela, notre clinique utilise la technologie du Fenomatch qui va un petit peu plus loin que juste la couleur des yeux, la couleur des cheveux, la texture des cheveux parce que ça va vraiment analyser les traits du visage.

Jusqu’à quel point est-ce que l’épigénétique influence le développement de l’enfant ? Par exemple, est-ce que ça peut influencer la texture des cheveux ou la couleur de la peau ?

C’est difficile à dire de manière certaine, mais nous avons une anecdote ici à la clinique : nous avons une patiente qui est devenue maman grâce à un double don. Elle avait un petit défaut assez reconnaissable sur l’oreille, et le bébé à la naissance a eu exactement le même défaut sur l’oreille !

Qu’est-ce que le double don ?

Il s’agit d’une FIV avec les ovocytes d’une donneuse et le sperme d’un donneur. Cela s’applique aux couples qui présentent un facteur masculin et féminin, ou aux femmes célibataires ayant une réserve ovarienne faible.

Il existe une autre option qui est l’accueil d’embryons : ce sont des embryons que les gens ont donné de manière altruiste à la clinique, souvent parce qu’ils ont réussi à avoir un enfant, qu’ils n’en veulent pas d’autre ais qu’il leur reste des embryons congelés. Il faut savoir que pour donner ses embryons, il faut remplir les mêmes conditions que pour devenir donneuse d’ovocytes ou donneur de sperme – c’est-à-dire avoir moins de 35 ans et être en bonne santé.

Je suis intéressée par votre clinique mais mon compagnon a 53 ans, est-ce possible ?

La limite d’âge en Espagne est de 50 ans pour les femmes, mais il n’y a pas de limite d’âge pour les hommes donc aucun problème.

À quel moment est-ce que l’épigénétique a le plus d’importance : est-ce que c’est pendant la grossesse ou également pendant les premières années de l’enfant ?

C’est tout au long de la grossesse, quand l’ADN se forme, que l’épigénétique intervient – même si les effets de l’épigénétique (par exemple la déclaration d’une maladie) peuvent se dévoiler beaucoup plus tard.

Je fais souvent ce parallèle avec la musique pour que ce soit plus facile à comprendre :

Imaginez que la génétique, c’est la partition musicale – par exemple, une partition de Beethoven.

Personne ne va changer la partition en elle-même, mais selon le chef d’orchestre qui dirige, la manière de l’interpréter va changer.

Comme la partition, la génétique est là dès le premier moment et l’ADN reste le même – mais la manière de l’interpréter sera différente. C’est l’épigénétique.

J’ai lu quelque part que l’ADN du bébé est un peu comme une guirlande électrique que l’ADN de la maman peut influencer, comme s’il était un programme qui décide quelles ampoules s’allument à quel moment.

Oui, c’est aussi un très bon exemple.

À partir de quel âge est-ce qu’on doit envisager un don d’ovocyte ou un accueil d’embryon ?

On va l’envisager à partir de 40 ans, car notre fertilité commence à diminuer à partir de 35 ans mais à partir de 40 ans, il y a vraiment une chute drastique.

À 40 ans, on a en moyenne un 20% de taux de réussite par FIV avec ovocytes propres. À 41 ans c’est 12% et à 42 ans c’est 6%.

Après évidemment, on va étudier au cas par cas.  Il est très important d’individualiser les recommandations et les traitements en fonction de chaque patiente.

Je suis actuellement en période de diagnostic incertain (endométriose ?). Autant, si je décide de recourir à une FIV, j’ai l’impression de devoir me dépêcher car j’ai bientôt 41 ans. Autant si je recours à un don d’ovocytes, est-ce qu’il est préférable d’attendre d’être au mieux physiquement ?

Le principal problème de l’endométriose, c’est qu’elle diminue le nombre de follicules et la réserve ovarienne.

Si vous avez une réserve ovarienne correcte et que vous n’avez jamais tenté de FIV, ça vaut le coup de le tenter, mais effectivement vous devez vous dépêcher, car vous avez déjà 41 ans.

En revanche, si vous partez sur un don d’ovocytes, vous avez tout le temps, donc oui, il est préférable d’attendre et d’avoir un diagnostic complet.

Il faut distinguer l’endométriose de l’adénomiose, qui est une endométriose dans l’utérus et qui peut affecter les conditions d’implantation de l’embryon dans l’utérus. Pour résumer, l’endométriose a un impact sur la réserve ovarienne, et l’adénomiose sur l’implantation. C’est pourquoi il est important d’avoir un diagnostic complet.

Je pèse 120 kilos et je voudrais savoir si je peux faire une FIV. Est-ce que je dois perdre du poids et combien ?

Oui, il est recommandé de perdre du poids, car l’indice de masse corporelle a un impact direct sur les résultats. L’objectif est d’avoir un IMC inférieur à 30. C’est important pour vous, pour vos résultats, mais également pour votre santé. Par exemple, en Espagne, la Sécurité sociale ne couvre pas les traitements de PMA pour les femmes ayant un IMC supérieur à 30.

Il faut savoir qu’un IMC trop bas n’est pas recommandé non plus.

Est-ce que le poids de la mère qui reçoit le don d’ovocytes est aussi important ?

Oui, c’est très important. Même si la jeune fille qui donne ses ovules est mince, la future maman ne doit pas être en surpoids, car cela affecte les taux d’implantation et le risque de fausse-couche.

À quoi correspond le taux de 80% de réussite dont vous avez parlé ?

80%, c’est le taux de grossesse cumulatif moyen pour un seul processus de FIV avec don d’ovocytes, en 2022 – sachant qu’un processus de FIV peut donner lieu à plusieurs transferts s’il y a plusieurs embryons (souvent 2 ou 3 transferts d’embryons).

Au premier transfert, le taux est de 56%.

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Dounia Zaari Bendani

Dounia Zaari Bendani est Coordinatrice des Donateurs et Responsable du Département International à l'Unité de Reproduction de Málaga. Dounia Zaari Bendani compte plus de douze ans d'expérience au sein de l'Unité de Reproduction de Málaga, où elle a travaillé en tant que coordinatrice des donneurs d'ovules, en gérant l'appariement des receveuses. De plus, elle est responsable du département international de l'UR Málaga et du service à la clientèle, ce qui lui a permis d'accompagner des femmes de diverses nationalités dans leur cheminement vers la maternité. Elle est diplômée en Gestion et Administration des Entreprises et maîtrise plusieurs langues, dont l'arabe, le français, l'anglais et l'espagnol, ce qui lui a permis d'élargir la portée de son travail à l'échelle internationale, en garantissant une communication fluide et un soutien complet aux patientes.
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Dr José Félix García España

Le Dr José Félix García España est directeur médical de l'UR El Ángel depuis 2011. Il a obtenu sa licence en médecine à l'université de Malaga. Après avoir terminé ses études, il a travaillé en médecine d'urgence, jusqu'à ce qu'il commence à se spécialiser en gynécologie et obstétrique au Royaume-Uni en 1992. Pendant sa formation, il a travaillé dans plusieurs hôpitaux, notamment les hôpitaux universitaires de Withington et de St Mary's à Manchester. À ce stade, il passe les examens de la spécialité. Il est membre du Collège royal des obstétriciens et gynécologues (RCOG). De retour en Espagne, il travaille comme spécialiste de la reproduction au Gutenberg Center pendant 14 ans.
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Stéphanie Toulemonde

Stéphanie Toulemonde est une mère de deux magnifiques filles conçues par FIV et une Coach en Fertilité. Elle a vécu l'infertilité et les traitements de procréation médicalement assistée, ainsi que les montagnes russes émotionnelles associées à ces processus : l'espoir de fonder une famille mêlé à des sentiments plus complexes tels que la déception, la tristesse, le stress, la colère, la jalousie, la solitude, la culpabilité, les piqûres, l'attente, etc. Après la naissance de ses filles, elle a ressenti le besoin d'agir et d'apporter son aide et son soutien aux femmes et aux couples. Elle s'est formée et certifiée en tant que coach professionnel au CTI (Coaches Training Institute) et accompagne depuis 2017 les personnes en traitement de fertilité. À travers le coaching, elle les aide à mieux vivre le processus, à accepter leurs émotions, à renouer avec la confiance, à prendre des décisions parfois complexes, à communiquer avec leur entourage, à valoriser d'autres aspects de leur vie et à ne pas vivre à 100% pour ce désir de maternité ou paternité. De plus, elle est co-fondatrice de l'association She Oak à Barcelone, une organisation à but non lucratif offrant un soutien émotionnel, psychologique et physiologique (via des thérapies naturelles) aux futurs parents.
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