Les traitements complémentaires (Time-lapse, MACS, IMSI, PICSI, EmbryoGlue, etc.). Quelles sont les questions à poser?

Vladimiro Silva
Directeur scientifique et exécutive , Ferticentro

Categoria:
Les traitements complémentaires (IMSI, PICSI, EmbryoGlue, time-lapse)

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Les traitements complémentaires (Time-lapse, MACS, IMSI, PICSI, EmbryoGlue, etc.). Quelles sont les questions à poser?

Le Dr Vladimiro Silva, embryologiste, directeur du laboratoire de FIV et fondateur de Ferticentro, a expliqué en détail quelles techniques (Time-lapse, MACS, IMSI, PICSI, EmbryoGlue) peuvent être ajoutées à un traitement de FIV, quand, comment et pourquoi les utiliser.

Il y a plusieurs facteurs qui peuvent affecter la probabilité de réussite d’une FIV : la qualité des ovocytes, la qualité des spermatozoïdes, le développement embryonnaire, la qualité de l’utérus, l’équilibre hormonal, ou encore d’autres facteurs associés au travail de la clinique.

Il y a également plusieurs étapes critiques lors d’une FIV :

  • la stimulation ovarienne qui consiste à stimuler les ovaires pour qu’ils produisent une plus grande quantité d’ovocytes, de façon contrôlée
  • la ponction des ovocytes, quand les follicules ovariens ont atteint une certaine taille
  • la fécondation de ces ovocytes et le développement embryonnaire : les embryons obtenus sont mis en culture et leur développement est soigneusement surveillé 24h sur 24 afin d’identifier les embryons avec le meilleur potentiel d’implantation et ceux qui présentent déjà des problèmes.
  • dans certains cas, on va également faire le DPI (diagnostic préimplantatoire) afin d’évaluer le contenu génétique des embryons
  • enfin, le transfert des embryons dans l’utérus préparé pour les recevoir

Chacune de ces étapes est cruciale pour la continuation du traitement et la question que l’on se pose est donc : que peut-on faire pour optimiser les résultats, quand il y a tellement de facteurs à contrôler ?

L’ESHRE (Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie) a publié récemment des informations concernant l’utilisation de ce que nous appelons des « add-ons ». C’est-à-dire des techniques supplémentaires que nous allons décrire dans la suite de ce webinaire.

IMSI

(injection intracytoplasmique de spermatozoïdes morphologiquement sélectionnés)

Il s’agit d’une sélection un peu plus rigoureuse des spermatozoïdes avant de les injecter dans les ovocytes, qui passe par un grossissement des spermatozoïdes particulièrement important : avec l’IMSI, nous obtenons un grossissement de plus de 6000 fois la taille du spermatozoïde, alors qu’avec la méthode plus traditionnelle de l’ICSI, nous obtenons un grossissement x400.

Cela va nous permettre d’avoir des images très détaillées, notamment de la tête des spermatozoïdes.

Cependant, les études ont finalement démontré que l’utilisation de l’IMSI n’augmente pas le taux de naissance. Cette technique, qui paraissait intéressante il y a 12-15 ans, a donc été progressivement abandonnée – et nous ne la recommandons pas non plus chez Ferticentro.

PICSI

(autrement appelé ICSI physiologique)

Physiologiquement, c’est-à-dire de manière naturelle, quand un spermatozoïde mature arrive à côté de l’ovocyte (c’est-à-dire à côté des cellules du cumulus qui sont autour des ovocytes), il va se connecter à l’acide hyaluronique autour de l’ovocyte. Seuls les spermatozoïdes matures ont un récepteur pour faire cette connexion.

Avec la méthode PICSI, nous sommes capables de sélectionner les spermatozoïdes qui ont cette capacité de liaison à l’acide hyaluronique.

Une étude publiée par le laboratoire développant la technique PICSI et réalisée sur 800 patients a montré des résultats très prometteurs (multiplication par 5 de l’efficacité de cette technique), mais des conclusions plus récentes de l’ESHRE ont montré que l’effet sur la probabilité de naissance est finalement assez limité. Cela peut être utile dans certains cas, notamment chez des patients présentant des problèmes de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes.

Cette technique doit être recommandée au cas par cas, selon les situations médicales de chaque patient.

MACS

Il s’agit d’une technique qui sert à exclure des spermatozoïdes qui sont potentiellement en mort cellulaire.

La technique consiste à additionner un marqueur spécifique pour les spermatozoïdes qui sont en mort cellulaire, et à faire passer tous les spermatozoïdes par des colonnes d’annexite (MACS). Après le passage par les colonnes MACS, l’échantillon ne contient plus que les spermatozoïdes qui ne sont pas en mort cellulaire.

Les premières études il y a 10-15 ans étaient très prometteuses et beaucoup de cliniques ont utilisé cette technique dans un premier temps. Cependant, les derniers rapports de l’ESHRE montrent un impact statistique très limité sur les taux de naissance, et aujourd’hui cette technique n’est pas recommandée de manière systématique. Elle est surtout envisagée pour certaines patientes ayant eu des échecs à répétition.

Il est probable que dans les prochaines années cette technique, qui semblait très prometteuse quand elle a été découverte, soit finalement abandonnée.

Embryo monitoring

C’est le contrôle du développement des embryons à l’intérieur de l’incubateur, 24h sur 24.

Actuellement, les cliniques de PMA disposent d’incubateurs avec des caméras incorporées, permettant de surveiller les embryons de façon continue, 24 heures sur 24. Le plus connu de ces systèmes est l’EmbryoScope, c’est ce que nous avons dans nos cliniques au Portugal et nous avons été les pionniers dans l’utilisation de cette méthode il y a plus de 10 ans. L’utilisation de cette technique TimeLapse couplée avec l’intelligence artificielle permet non seulement d’identifier les embryons les plus viables, mais également ceux qui ont un risque supérieur d’avoir des problèmes de développement, et cela, sans « déranger » les embryons et en optimisant les conditions de culture embryonnaire.

Cette technique ne permet malheureusement pas d’augmenter le taux de réussite, car si les embryons ne sont pas de bonne qualité, l’EmbryoScope ne pourra rien faire – la médecine n’arrive pas à transformer un embryon de mauvaise qualité en un embryon de bonne qualité. Cependant, il est indiscutable aujourd’hui que l’EmbryoScope optimise les conditions de culture embryonnaire et que l’Intelligence Artificielle permet de voir des choses que l’œil humain ne peut pas toujours voir – c’est la raison pour laquelle chez Ferticentro, nous l’utilisons de manière systématique, sans coup additionnel pour les patients.

EmbryoGlue

Cette technique sert à aider l’implantation de l’embryon dans l’utérus. L’acide hyaluronique est très présent à l’intérieur de l’utérus et joue un rôle très important, non seulement dans le processus de fécondation, mais également dans le processus d’implantation de l’embryon.

L’EmbryoGlue est un milieu de culture avec une concentration élevée d’acide hyaluronique et albumine recombinante, pour simuler les conditions utérines. L’acide hyaluronique s’attache à des molécules de la surface de l’utérus et il va fonctionner comme une espèce de pont entre l’utérus et l’embryon. Le processus consiste à plonger l’embryon dans l’EmrbyoGlue avant le transfert embryonnaire.

Cette méthode existe déjà depuis 20 ans et les résultats sont très favorables selon des études publiées par le fabricant, avec une augmentation du taux de grossesse de 19% – soit un taux de naissance par transfert de blastocyste (embryon au 5ᵉ jour de développement) de 63% au lieu de 52%.

Selon la société européenne de reproduction assistée, ajouter l’acide hyaluronique au milieu de transfert embryonnaire est associé à une augmentation du taux de grossesse et du taux de naissance, sans aucun effet secondaire. Bien sûr, il faut faire attention, car cela peut aussi augmenter légèrement le taux de grossesse multiple.

Chez Ferticentro et Procriar, nous utilisons cette technique depuis des années, sans frais additionnels, et nous sommes vraiment contents des résultats obtenus.

Conclusion

Sur les différentes techniques mentionnées dans ce webinaire, nos recommandations sont les suivantes :

  • EmbryoGlue et EmrbyoScope : nous sommes tout à fait favorables à leur utilisation
  • PICSI et MACS : à évaluer au cas par cas
  • IMSI : pas recommandé, car cela n’augmente pas les chances de succès

Ces techniques sont-elles utilisées de manière systématique dès le début des traitements, ou surtout dans les cas d’échecs répétés ?

Cela dépend des techniques.

Nous utilisons systématiquement l’EmryoScope et l’EmrbyoGlue, parce que nous y croyons vraiment et qu’éthiquement, nous sommes engagés à mettre tout en œuvre pour que nos patients arrivent à une grossesse.

Concernant le PICSI et les MACS, cela dépend des patients. Si le patient a un taux de fragmentation de l’ADN élevé ou en cas d’échecs d’implantation répétés, nous pourrons proposer d’utiliser le PICSI.

En revanche, nous n’utilisons jamais l’IMSI.

En cas de problème de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes, quelle technique de FIV recommandez-vous ? Nos embryons analysés présentent des anomalies génétiques (double trisomie), ma réserve ovarienne est faible et nous avons un problème de sperme (fragmentation élevée de l’ADN). J’ai 41 ans. Est-il dans notre intérêt d’utiliser MACS ?

Les altérations chromosomiques numériques évoquées ici sont plus associées à la qualité ovocytaire qu’à la qualité du sperme, surtout au vu de votre âge (41 ans). Cependant, étant donné que votre compagnon a une fragmentation de l’ADN augmentée, ma recommandation serait d’utiliser les plaques PICSI et pas les MACS, parce qu’il y a plus de preuves scientifiques sur la technique PICSI.

Sans aucun doute, je recommanderais surtout de faire le DPI sur le prochain cycle de FIV, c’est-à-dire le diagnostic génétique préimplantoire – d’abord parce que vous avez plus de 39 ans, et ensuite parce que vous avez eu des embryons présentant des anomalies génétiques.

En France, nous sommes très habitués à pratiquer le transfert frais de J2 au J3, surtout pour les patientes qui ont une faible réserve ovarienne. Or le DPI doit être effectué sur des blastocystes, donc sur des embryons qui sont déjà arrivés à J5, n’est-ce pas ?

Chez Ferticentro, nous sommes très favorables à la culture embryonnaire jusqu’à J5 au J6 – donc au stade de blastocyste. La culture prolongée ne va certes pas améliorer la qualité des embryons, mais elle va nous permettre de sélectionner les meilleurs embryons et elle va également augmenter le nombre d’informations que nous avons sur les embryons – et par conséquent, nous orienter dans la prise de décision. Parfois, il y a des échecs que l’on n’arrive pas à expliquer, donc si on peut surveiller les embryons pendant cinq jours, cela peut nous donner des informations très utiles.

Par ailleurs, dans le passé la plupart des cliniques faisaient le transfert à J2 ou J3 pour des raisons logistiques (pas assez d’espace dans les incubateurs) mais aussi parce que les conditions de culture embryonnaire n’étaient pas excellentes et il était préférable de transférer les embryons vers l’utérus plus tôt. Actuellement, avec les nouvelles méthodes de TimeLapse comme l’EmbryoScope, les conditions de culture embryonnaires sont excellentes et il est préférable de faire le transfert à 5 ou J6.

Que pensez-vous du fait de préférer l’ICSI à l’IMSI en tant que complément ? Qu’en est-il de la PICSI ?

Dans les deux techniques ICSI et IMSI, on fait l’injection d’un seul spermatozoïde à l’intérieur de l’ovocyte. L’IMSI est une forme d’ICSI plus spécialisée, mais les études les plus récentes montrent qu’elle n’a aucun intérêt, car elle n’améliore pas les chances de grossesse ni de naissance. Nous préférons l’ICSI parce que c’est une technique plus rapide (nous ne voulons pas perdre de temps avec une méthode plus lente et que ne donne pas de meilleurs résultats).

Quant au PICSI, cette méthode permet de sélectionner les spermatozoïdes, elle est donc recommandée notamment dans les cas d’hommes avec la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes augmentée.

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Vladimiro Silva

Vladimiro Silva, PharmD, embryologue, Directeur scientifique et exécutive de Ferticentro au Portugal. Docteur en pharmacie, faculté de pharmacie de l'université de Coimbra. Maîtrise en économie de la santé, Faculté d'économie, Université de Coimbra. Diplômée en gestion des services de santé, faculté d'économie de l'université de Porto. Diplômé en analyse clinique, Faculté de pharmacie, Université de Porto. Auteur de centaines de conférences, communications orales, affiches et articles scientifiques au Portugal et à l'étranger. Vladimiro Silva parle : Anglais, français, espagnol, italien et portugais.
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Oana Gharbi

Oana Gharbi est Avocate des patients en fertilité & Coach de santé certifiée. Oana est consultante en affaires pour FemTech, défenseur professionnel des patients souffrant d'infertilité et coach de santé certifié. Ayant fait l'expérience directe de l'infertilité secondaire, Oana apporte aux organisations avec lesquelles elle travaille des perspectives uniques issues de son expérience sur le terrain, en faisant le lien entre les besoins réels des patients en matière de fertilité et les initiatives commerciales de FemTech. Oana est membre de Resolve, de la Société européenne de fertilité et de l'ESHRE.
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